
Nul doute que les deux avaient coché la date de la double-confrontation entre Fos-sur-Mer et Levallois en début de saison. Et le grand jour approche ! Après l’avoir emporté à l’aller (84-94), les BYers de la légende fosséenne Mamadou Dia se préparent à recevoir les Metropolitans du coach Sacha Giffa, lui aussi une légende du club francilien et du basket français, puisqu’il a notamment contribué à la médaille de bronze décrochée à l’Euro 2005 avec l’équipe de France.
Sacha Giffa nous a également fait l’honneur de partager deux saisons en Provence avec son ami de longue date, de 2011 à 2013. Les années ont passé mais l’amitié entre les deux hommes est toujours intacte. En attendant les retrouvailles en bord de terrain, Mamadou Dia ouvre sa boîte à souvenirs pour évoquer les meilleurs moments de son amitié avec son pote Sacha.
Salut Mamadou ! Comment vous vous êtes rencontrés avec Sacha ?
Salut tout le monde ! Ça remonte à il y a bientôt trente ans ! Je dirais aux entraînements espoirs de Levallois. J’étais venu m’entraîner 2-3 fois avec eux, donc je dirais 1995-1996… 1997, peut-être ? On a beaucoup d’amis en commun. On est un groupe de potes depuis cette époque, Madiagne, Moustapha Sonko, Magloire Djimrangaye. On partait en vacances ensemble…Il était aussi ami avec mon cousin, Jonathan, qui habitait à Stains. Sacha habitait à Sarcelles. Je crois même que la toute première fois qu’on s’est captés, c’était à Noël. Il nous avait invité chez sa maman, à Sarcelles. Je devais avoir 20 ans, il m’avait proposé de passer, et ça a commencé là.
Ensuite lui a été à Chalon-sur-Saône et à l’Asvel et moi à Saint-Chamond. La nuit, il nous arrivait de se croiser, entre deux parisiens exilés !
Qu’est ce qu’il a été pour toi ? Un mentor ? Un modèle ? Un ami ? Un grand frère ?
C’est une question difficile, parce que c’est un tout. Déjà, moi j’étais fan avant tout. J’ai trois fans dans le basket : Amara Sy, Moustapha Sonko et Sacha Giffa bien sûr. C’était à peu près mon poste. J’étais un peu plus grand, mais il était hallucinant. Physiquement, il arrivait à tenir des joueurs… Offensivement, il jouait comme un 3. C’est un 3 de formation. J’ai toujours été intrigué, à me demander comment il faisait, à pouvoir défendre sur tous les postes, avec sa puissance. C’est un truc qui m’a toujours impressionné.
C’est aussi un ami, il fait partie de mes meilleurs potes. Je connais sa petite famille, lui pareil. Ça a été un mentor aussi, même s’il me connaît. Il sait que j’observe beaucoup, et du coup j’ai beaucoup appris. Donner des conseils, ce n’était pas vraiment son truc. Quand j’ai vieilli en revanche, il m’a donné des conseils dans le jeu, qui m’ont apportés. J’ai appris à être plus qu’un scoreur. Dans la cohésion d’équipe, bosser ton QI basket… Ça c’était Sacha. Quand il est venu à Fos-sur-Mer, chaque entraînement était une leçon. Il faisait des Flare Screen alors qu’il pouvait défoncer tout le monde. Il faisait ce qu’il fallait quand il le fallait. Rémi (Giuitta) devait même parfois le pousser à jouer pour lui. Mais lui voulait faire briller les autres.
Je me suis beaucoup inspiré et j’ai beaucoup appris de ça. Avec ton expérience, il faut donner. On a une connexion qui fait que j’ai vu, j’ai observé et j’ai beaucoup appris. Mais ce ne sont pas des conseils directs. Aussi à Chalon-sur-Saône, puis à Villeurbanne, j’étais toujours chez lui. J’ai vu ses enfants naître etc etc
Comment tu décrirais Sacha le joueur ? C’était quel joueur ?
Un joueur puissant, complet. Toujours le sourire en dehors, mais sur le terrain… S’il y en a un contre qui je n’aimais pas trop jouer, c’est lui. Il était physique, et il connaît l’art de la défense. C’est très dur, parce que tu ne peux pas le feinter. Il est dur ! De toute façon, tu n’as pas 52 sélections en équipe de France pour rien. Avec sa taille, surtout, car il n’est pas spécialement grand, mais il avait ce truc en plus.

Quels souvenirs gardes-tu de son arrivée à Fos-sur-Mer en 2011, après six saisons passées à Strasbourg ?
Forcément, c’était un de mes rêves de jouer un jour en club à ses côtés. On a eu cinq bagues de champion du Quai 54 ensemble, mais je voulais vraiment pouvoir jouer avec lui un jour. Rémi le connaissait très bien aussi. Ça lui arrivait de venir en vacances chez moi ici.
Ensuite, cet été là, j’ai fait la connexion et les deux ont géré ça. Ça ne lui déplaisait pas de venir dans le sud, et donc ça s’est fait naturellement. Ça a été deux belles années.
Est ce que tu as le sentiment que sa venue a permis au club de franchir un cap ?
Oui clairement. Dans le jeu déjà, il nous a montré ce qu’était le très haut niveau. Le partage du ballon, ne pas être égoïste, la dureté. Rémi peut aussi en témoigner, il nous a apporté toute son expérience, de l’équipe de France, l’Euroligue, tout ce qu’il a connu en club, à Strasbourg notamment. A l’entraînement, quand il parlait, tout le monde écoutait !
Il y a eu Babou Cissé avant lui, qui était en fin de carrière et qui a fait passer un premier cap à l’équipe et au club à son arrivée. Sacha l’a été aussi, en tant qu’international français. Il pouvait encore jouer en Pro A, donc on l’a récupéré frais. On a pas eu un joueur proche de l’Ephad ! Donc il a fait partie de ces joueurs là qui ont effectivement apporté un certain standard. Il y a eu Lou Campbell aussi, qui m’a beaucoup marqué.
Quel est ton meilleur souvenir de ces deux années sur le terrain ?
Simplement les moments de complicité lorsqu’on jouait ensemble dans la raquette. On est des joueurs de poker tous les deux, et on en rit encore aujourd’hui. On annonçait des trucs en défense alors qu’on était à côté, juste pour tromper l’adversaire. On faisait en sorte d’avoir un coup d’avance. Le fait d’être dans la même équipe, on se régalait et on se faisait plaisir sur le terrain. En un clin d’œil, on pouvait se comprendre, sur les trailers, la relation poste haut-poste bas…
On n’avait pas besoin de se parler, on se trouvait naturellement, les yeux fermés. Ça, c’est mes meilleurs souvenirs, d’avoir cette connexion, en attaque et en défense. Il n’y a pas mieux.
Et si je devais sortir un match, ou plutôt une série de playoffs, je dirais la demi-finale des playoffs d’accession en 2012 lors de sa première année face à Limoges, et plus précisément le match 2 chez nous (victoire 75-61). On avait été revanchard, parce que tout le monde savait qu’on s’était fait voler là-bas au match 1 (défaite 91-84). On avait vraiment envie de répondre. On avait gagné à la fierté. J’ai vécu beaucoup de matchs mémorables, pour la montée, etc etc. Mais celui-là, c’était vraiment quelque chose. On sentait cette atmosphère dans le vestiaire. Le coach n’avait même pas eu besoin de faire de speech ou de nous motiver. On avait sorti un gros match, parce qu’on avait la rage. Je ne me souviens plus des stats, mais je ne doute pas une seconde qu’il avait dû faire sa part du boulot.
Quel est ton meilleur souvenir de ces deux années hors du terrain ?
Il y avait nos déplacements où on partageait la même chambre bien sûr. Il a aussi habité chez moi à Istres quelques temps. On se charrie tout le temps de toute façon. Mais plus sérieusement, parce qu’il me l’a rappelé récemment, je dirais que je lui ai présenté sa femme, et c’est un de mes meilleurs souvenirs puisqu’ils ont eu deux enfants ensemble ensuite.
Et pour charrier un peu quand même, il y a aussi eu de moins bons moments, à savoir que je ne conseille à personne de partager sa chambre d’hôtel avec Sacha en déplacement. Ses ronflements… C’est inexplicable, un tremblement de terre ! Ce n’est pas quelque chose qui m’a manqué ensuite. J’avais même demandé à Momo Sy de changer de chambre à un moment !
On fait un bond de treize ans jusqu’à aujourd’hui. Vous vous retrouvez en tant qu’adversaires. Sacha en tant que coach, toi en tant qu’assistant, chacun dans votre club de cœur. Qu’est ce que ça te fait de vous retrouver dans cette configuration là ?
Ce qui est sûr, c’est qu’on ne se fera pas de cadeau ! Vu qu’on est tous les deux des compétiteurs. On va se parler au téléphone, chacun va chercher à avoir ses infos, mais on est tous les deux de bons joueurs de poker. J’ai bien envie de l’appeler, mais je sais qu’il ne lâchera rien !
Et une fois que le match va commencer, il aura envie de gagner, et moi aussi. Mon rêve en début de saison, c’était que Fos et Levallois montent. Rien n’est fini. Chaque équipe a son lot de problèmes, et Levallois en a eu, comme nous. Je lui souhaite vraiment de monter, sauf si on ne finit pas premiers ! Je suis content de le voir dans ce rôle. Il aime ce qu’il fait et je lui souhaite le meilleur pour la suite.
Comment tu le trouves en tant que coach ?
L’histoire est belle déjà, parce qu’il reprend le club dans lequel il a débuté. L’histoire n’est pas finie, il continue d’apprendre tous les jours. Il connaît bien le basket, il est bon dans le management, il n’y a rien à dire. Il a tout du coach moderne, il sait rigoler et être sérieux quand il faut. C’est la clé pour un coach aujourd’hui.
Donc il a tout pour réussir. On en reparlera, mais je pense qu’il sera un très grand coach. Il lui faut encore du temps. Il a l’avenir devant lui, Levallois est une super étape, mais je le vois aller encore plus haut.
Est ce que le match aller a été votre meilleur match de la saison ?
Oui, il fait partie de nos tops matchs, avec aussi celui contre les Sables d’Olonne à l’extérieur. Avec notre équipe, j’ai l’impression qu’on donne notre meilleur quand on se sent en danger. Et à Levallois, on savait que si on sortait pas notre meilleur match, on allait prendre une valise.
Comment tu vois ce match de vendredi ?
Déjà au niveau comptable, c’est un match super important. Si on gagne, on est assurés de finir deuxièmes quoiqu’il arrive. Ce n’est pas ce qu’on veut, mais c’est déjà bien, dans la perspective des playoffs. Eux, je pense qu’ils voudront se rattraper après avoir perdu six de leurs huit derniers matchs. Ce sera à nous de montrer ce qu’on vaut à domicile et ce qu’on veut. Mais forcément, ce ne sera pas un match facile. Ils viennent de battre Le Havre et peuvent assurer les playoffs en cas de victoire.


